blast

(Blast montrant au public la vidéo du créateur Flo qui explique comment réaliser facilement une saga lors des Joutes du Téméraire)

Nous avions parlé il y a un certain temps de la communauté autour de la saga MP3. En exclusivité pour le journal, nous avons interviewé l'un des administrateurs de Netophonix, de son pseudo « Blast ». Voici cet interview :

Qu'est-ce qui t'attire autant dans l'univers de la saga MP3 au point que tu administres cet univers (du moins à l'échelle de Netophonix) ?


- Le format tout d'abord. On peut glisser une histoire dans son lecteur MP3 et bricoler, ou cuisiner, ou rouler en voiture, ou attendre chez le dentiste, ou écouter la nuit. Pas besoin de fixer un écran, pas même besoin de lumière.
- La liberté ensuite. Il n'y a pas de contraintes, de formatage, de longueur type, de délai, on peut faire des gags ultra courts, des séries, des long-métrages, de l'humour, du polar, de la parodie, on peut privilégier une mise en scène minimaliste ou ultra fouillée,... Bref, il y en a pour tous les goûts tant comme auditeur que comme créateur.
- L'accessibilité enfin. Pour le créateur, pas besoin de budget. Un ordinateur, du matériel de base, des freewares, un peu de bon sens et de l'imagination pour inventer des histoires. Pour l'acteur, pas besoin d'avoir le physique de l'emploi, seule sa voix compte. Pour l'auditeur, c'est gratuit. Une connection internet suffit.

Comment as-tu vu évoluer cette communauté ?


L'élément le plus flagrant depuis 4 ans environ c'est la collaboration entre les créateurs. Au début, chacun travaillait souvent dans son coin pour écrire ses histoires, jouer tous les personnages en contrefaisant sa voix, faire le mixage, s'occuper de son site web...
Depuis, on constate de plus en plus de travaux en communs. L'un rédige le scénario, l'autre embauche des acteurs pour jouer les différents rôles, des musiciens composent, des dessinateurs se chargent des graphismes pour des sites webs toujours plus travaillés. Tout ce foisonnement tire profit d'internet qui permet de bâtir de solides amitiés tout en s'affranchissant de la distance et même du contact physique et qui permet d'aller chercher les talents là où ils se trouvent sans se préoccuper de frontières ni de décalage horaire.

L'autre évolution visible est le rajeunissement constant de la communauté.
Lors de sa constitution, il y a 5 ou 6 ans, la grande majorité des membres de la communauté étaient des "grands adolescents" ou de jeunes adultes de 15 à 20 ans. Les créateurs les plus crédibles étaient généralement dans la fourchette haute et si on trouvait des membres de 15 ans et moins, ils étaient plus souvent auditeurs que créateurs.
De nos jours, probablement du fait de leur accès de plus en plus jeune à internet, les nouveaux membres ont bien souvent 14, 13, 12 ans... et eux aussi se lancent dans la création. Les pionniers du mouvement ayant, eux, pris quelques années, la répartition de l'âge des sagaspheurs est toujours plus vaste.

Etrangement, ce qui n'a guère progressé c'est le taux d'histoires correctement réalisées par rapport aux tentative ratées, soit pour cause de qualité exécrable soit pour cause d'abandon dès les premiers épisodes, et ce malgré les efforts entrepris dès 2003 par Knarf et depuis 2007 sur le Netophonix, pour expliquer, conseiller, rédiger des tutoriels sur le son, le mixage, le jeu d'acteur, etc.

Evidemment, étant donné le nombre toujours croissant d'histoires publiées, ça fait d'autant plus de bonnes surprises à se mettre dans les oreilles, mais elles sont tout aussi noyées dans le magma d'histoires nettement plus faibles. Il faut donc ne pas hésiter à fouiller pour trouver la perle qui mérite vraiment le détour.

Comment est-ce que les gens extérieurs découvrent et reçoivent cet univers nouveau ?

Quand j'en parle autour de moi, l'accueil est toujours positif et curieux. Chez nombre d'adultes, parents d'adolescents, que je cotoie, j'avais souvent perçu une sorte de désarroi en constatant qu'ils avaient acheté un ordinateur pour leurs enfants espérant qu'ils en tirent quelque chose d'"utile" et que pour autant ils ne faisaient guère que de jouer aux jeux video ou surfer stérilement sur internet. La vision est caricaturale, mais partagée par bon nombre de mes contemporains. Avec l'évolution des sagas MP3, je peux leur montrer de nombreux exemples d'adolescents qui utilisent leurs ordinateurs pour en faire quelque chose de tangible, pour être créatifs, pour apprendre des techniques parfois pointues et même pour les enseigner ensuite.

Autre élément amusant, souvent on s'étonne de la gratuité de ce mouvement. Il est parfois difficile de faire comprendre à une population qui a toujours considéré une rémunération contre son travail qu'un phénomène peut s'asseoir sur ses propre loisirs et qu'on puisse tirer plaisir à offrir gracieusement à des inconnus des heures et des heures de travail, sans compter l'achat de certains matériels comme un microphone ou un enregistreur.

Quel avenir pour la saga MP3 selon toi ?


Difficile à dire. Ce qui semble certain c'est qu'il n'est pas prêt de cesser. D'ailleurs, il n'est qu'une renaissance d'un phénomène qui existe depuis près de 90 ans, les fictions radiophoniques lesquelles étaient en vogue entre deux guerres et même jusque dans les années 70 avant de pratiquement disparaître en France et en Francophonie. Ce qui est nouveau c'est son appropriation par des amateurs depuis que les moyens techniques sont à leur portée. Si le phénomène reprend de l'ampleur, il est probable qu'on verra des studios professionnels relancer le mouvement et des radios recommencer à proposer ce genre de programmes sur leurs ondes Mais on devrait continuer à voir se côtoyer des productions gratuites et des productions professionnelles, comme dans les pays tels que l'Allemagne ou la Grande-Bretagne où le genre a perduré jusqu'à aujourd'hui.

Merci et bon courage !

Liens à découvrir :

Forum de la communauté de la sagasphère (source du logo) : http://netophonix.com/

Photo prise par Kak Miortvi Pengvin (http://chezkmp.macp3.info/public/photos/irl/20101106-Joutes/galerie/samedi/#netophonix3)

Raquel D.